La bibliothèque Reginald-J.-P.-Dawson fête ses 50 ans cette année. Mais dans les faits, sa conception remonte plutôt à 1952, voire un peu même avant cela. Lieu de connaissances et de savoir, d’art et de culture, voici aussi l’une des bibliothèques publiques où l’on investit le plus au Québec.
Durant les années 80, elle était l’une des premières bibliothèques municipales à disposer d’ordinateurs à l’usage des abonnés. Aujourd’hui, avec son réseau sans-fil, ses 13 postes informatiques, ses bases de données en ligne, ainsi que ses cliniques sans rendez-vous de dépannage informatique les mardis et jeudis soirs, Reginald-J.-P.-Dawson est plus branchée que jamais. |
Le 12 septembre 2013 a eu lieu l’inauguration de l’agrandissement de la bibliothèque, qui est passée d’une superficie de 1700 à 3100 mètres carrés; et dont la nouvelle aile a été certifiée LEED Canada Or 2014. La zone jeunesse est animée par une équipe dédiée au service aux jeunes. Il y a des animations régulières comme les heures du conte, des ateliers maman-bébé, des activités de bricolage, des visites pour les classes et les garderies, ainsi qu’un club de lecture pour les 0 à 18 ans chaque été. L’an dernier, la bibliothécaire jeunesse a présenté les heures du conte au parc Connaught et cela se poursuivra cet été. — D. Chouinard, chef de division de la bibliothèque. |
Si la salle d’exposition et le mur d’art s’inscrivent aujourd’hui dans la mission culturelle de la bibliothèque, et permettent aux artistes locaux de mieux se faire connaître au fil d’expositions mensuelles, rappelons que cette tradition avait déjà lieu dès 1967, selon les mémoires de la bibliothèque datées de 1977. |
Pour l’histoire un peu romancée des débuts, ça va comme suit. Le 16 mars 1950, un appel est lancé à la population monteroise en pleine page du TMR Weekly Post. Noir sur blanc, ça ressemble littéralement à: « Give us the books and we’ll finish the job ! ». L’annonce y invite alors chaque foyer à se montrer généreux, en donnant au moins un livre, ou une donation en argent, lors d’une prochaine collecte menée par des membres de la Chambre de commerce des jeunes de Ville Mont-Royal, en vue de la création d’une bibliothèque publique.
L’idée chemine. Puis le 26 avril 1952, le président de la Chambre de commerce des jeunes, Eric Weile, tient une réunion pour y discuter des moyens à prendre pour établir cette bibliothèque. Une date pour le moins importante, semble-t-il, puisqu’elle figure notamment au Rapport d’anniversaire 1952-1967-1977, signé par la bibliothécaire en chef de l’époque, Isabel Best, qui y dit en clair que conséquemment à ce jour-là, ce n’est pas seulement la célébration du 10e anniversaire qui est fêté en 1977, mais aussi les 25 ans de la conception de la bibliothèque.
Cette première version de la bibliothèque de Ville Mont-Royal est en fin de compte inaugurée le 15 octobre 1953. Elle était alors située dans le bâtiment du Service de police et des incendies au 20 avenue Roosevelt, coin chemin Dunkirk.
À la lumière des archives de VMR, Mme A. Stafenau est la première bibliothécaire à y travailler. Quoique peut-être sans salaire, car le service qui est ouvert 14 heures par semaine, n’est alors financé que par des donations, et le personnel, lui, entièrement bénévole. Cela dit, en 1959, la Ville finance totalement le service de lecture publique, avec un budget de 16 000 $.
Or, cette bibliothèque logée dans le poste de pompier n’en serait pas à sa première vie. Selon les archives de VMR, il y aurait eu, dès 1923, pendant quelque temps, une bibliothèque située au deuxième étage de l’ancien hôtel de ville… Avis aux anciens donc, qui savent sûrement de quoi il s’agit!
1967, un numéro spécial
Pour l’histoire officielle, ce sont les 50 ans de la bibliothèque qui sont célébrées cette année. En date du 31 mai, elle emménageait dans ses locaux actuels, pour ensuite être inaugurée le 9 septembre 1967.
Le projet de déménagement de la biblio marquait en fait le coup du centenaire de la Confédération de 1867 du Canada. Et c’est d’ailleurs pourquoi son adresse civique détonne un peu des nombres pairs de ce côté de la rue; la Ville ayant décidé à ce moment-là de lui conférer une adresse spéciale pour l’occasion, soit celle du 1967 boulevard Graham.
Dit autrement, « la bibliothèque Mont-Royal se veut non seulement un symbole de fierté nationale mais aussi de progrès », vu la qualité de son architecture notamment, qui lui a valu un prix d’architecture de l’Académie royale des arts du Canada, d’après la description que l’on en fait dans le document de la première politique culturelle de Mont-Royal en 2009.
En ce qui concerne son nom officiel, celui du maire Reginald J.P. Dawson, il lui a été donné le 3 octobre 1976, en l’honneur de ses 25 ans à la mairie.
Une ville de lecteurs
Ou « A reading town », en bon français, c’est ainsi que qualifiait Ville Mont-Royal la bibliothécaire en chef, Isabel Best, dans son rapport en 1977. Curiosité toutefois. En 1967, alors que la ville a 21 529 habitants, les chiffres qu’elle avance à propos du membership fait voir que près de 65% de la population sont abonnés à la bibliothèque! En 1967, le nombre d’abonnés serait passé de 8 800 à 14 227, pour ensuite se stabiliser entre 14 000 et 15 000 membres au cours des années suivantes, d’après le document en question. Or, en 2017, la population de Ville Mont-Royal s’élève à 21 198; tandis que le nombre d’inscriptions à la biblio est d’environ 7000. Il y aurait donc eu une chute de 50% de lecteurs en 50 ans?
Eh bien, non. Comme l’explique Denis Chouinard, chef de division de la bibliothèque, et l’un des vétérans de l’endroit, qui y travaille depuis 1987, « on peut penser qu’il devait y avoir beaucoup d’abonnés, mais pas à ce point-là. Il faut savoir que le système n’était pas informatisé à l’époque [ la bibliothèque a été informatisée en 1998 ], et que les inscriptions étaient familiales. C’est-à-dire qu’une dame qui venait s’inscrire par exemple, inscrivait toute sa famille, mari et enfants, et c’est ce qui faisait que l’on se retrouvait avec un nombre d’abonnés qui n’étaient pas nécessairement actifs. Alors qu’aujourd’hui, c’est individuel; et que l’on a un nombre réel d’abonnés, puisque notre fichier est mis à jour chaque année », fait-il savoir.
Au palmarès des meilleures bibliothèques
D’après un examen des dernières statistiques des bibliothèques publiques (des villes de 10 000 habitants et plus ) paru en 2013, du professeur de bibliothéconomie de l’Université de Montréal, Réjean Savard, Mont-Royal se classe en deuxième position, tout de suite après Westmount, en ce qui a trait à la lecture publique. La contribution annuelle au fonctionnement de la bibliothèque publique étant de 126$ par habitant. Soit un budget total de 2 millions en 2013 pour la bibliothèque Reginald-J.-P.-Dawson, dont 295 000$ pour l’acquisition de livres. En 2017 cependant, le budget s’élève à 2 462 000$, tandis que celui des acquisitions est rendu à 320 000$, selon les chiffres fournis par Denis Chouinard, qui précise au sujet de ce dernier montant, que cela représente un investissement majeur en développement de collection de la part de la Ville de Mont-Royal. « Peu de bibliothèques ont un budget d’achats aussi important », insiste-t-il.
Du haut de ses 50 ans (et plus), en 2017, la bibliothèque Reginald-J.-P.-Dawson de Mont-Royal est ouverte 64 heures par semaine; elle accueille quelque 500 visiteurs par jour, et comprend une collection bilingue (quasiment autant de livres en anglais qu’en français) de plus de 160 000 documents (toutes catégories confondues). Ses quelque 7000 abonnés empruntent environ 330 000 documents par année; dont 5000 prêts de livres numériques au cours des deux dernières années sur la plate-forme « pretnumerique.ca », disponible depuis 2013.
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