PHOTOS JOURNAL STATION MONT-ROYAL
Cap sur l’univers artistique du peintre monterois autodidacte Peter Toth, un nouveau membre au collectif d’artistes de la Table Ronde sur l'art de Mont-Royal (TRAM). L’artiste d’origine hongroise, né à Outremont, est en perpétuelle évolution. Après un stage au Vermont avec le grand maître de l’aquarelle, l’Uruguayen Alvaro Castagnet, c’est bientôt auprès du Croate Joseph Zbukvic en Toscane que Peter Toth peaufinera son style. Rencontre.
Le peintre autodidacte Peter Toth est un passionné d’aquarelle depuis 27 ans. Recrue chez TRAM depuis cette année, on le voit ici accompagné du petit caniche familial, Moka, dans son atelier logé dans le sous-sol de sa maison de Ville Mont-Royal. Un talent qui dort
Sa femme, Yvonne, dit que « c’est arrivé comme ça. » À l’époque, le couple a un pied à terre à Owl's Head, et décide de faire le Tour des Arts dans les Cantons de l’Est, un événement couru depuis 30 ans cette année, dont le principe consiste à visiter une trentaine d’artistes et artisans dans leurs ateliers respectifs. Peter Toth a 28 ans. Il se poste devant une dame qui peint à l’aquarelle, sans jamais la lâcher des yeux. Il est « hypnotisé ». Puis il finit par demander: « Je peux essayer ? ». « Je n’ai jamais prêté mes pinceaux à personne », lui répond-elle, pour finalement acquiescer à sa demande.
Quelques mois plus tard, au Noël suivant, Fée Yvonne, qui avait vu que quelque chose s’était passé à ce moment-là, décide alors de lui offrir de quoi peindre en cadeau. « Puis c’est parti comme ça. Il a eu la piqûre! », raconte celle qui habite Mont-Royal depuis 35 ans.
Mais la vérité, c’est qu’ « enfant, déjà, je dessinais beaucoup », dit Toth. « Je concevais une bande dessinée dans le journal de l’école, que l’on imprimait sur du papier carbone ! Puis rendu en sixième année, on m’a demandé de peindre des scènes pour le théâtre de Noël. » Une commande colossale « d’une vingtaine de feuilles de grand format à peindre avec de la gouache »; et avec un budget et du temps alloué. Soit du temps emprunté sur ses cours de catéchèse. Mais « après j’ai délaissé ça pour l’école. Puis j’ai suivi une carrière plutôt technique. » L’homme de 55 ans gagne sa vie dans le domaine du génie conseil.
Le tour du propriétaire
Entrer dans la demeure de Peter Toth, c’est d’une certaine façon faire une incursion dans son imaginaire des 27 dernières années. Les créations de l’artiste tapissent quasiment tous les murs de la maison. Et d’un pan de mur à l’autre, il est possible de voir l’évolution de son style. À commencer par cette toile affichée près de l’entrée.
« C’était à mes débuts, c’est une excursion en pastel ! », s’amuse M. Toth. « J’ai pris un cours à Outremont il y a 25 ans avec l’artiste Siska Pool, elle m’inspirait. C’est un exercice qu’elle nous a fait faire. » Dans sa collection privée, il y aussi cette toile inspirée de Winslow Homer [1836-1910]. « C’est un de mes peintres américains préférés. Mais je ne l’ai jamais publiée du fait que c’est une reproduction, une inspiration trop proche de ce qu’il fait. »
Mémoires de voyages
Une grande partie de l’oeuvre de Toth, qui travaille tantôt en plein air, tantôt à partir de photographies, représente plusieurs mémoires de voyages du couple. Dans la salle à dîner, c’est destination Chine, dans les Trois Gorges du Yangtsé, le plus long fleuve d’Asie. Au-dessus du piano, c’est Vienne, et le pont Charles à Prague.
Déferlent ensuite une certaine île du Japon; l’Île d’Orléans; la terrasse Dufferin du Château Frontenac à Québec; le chai à Saint-Jean-de-Fos, en terres d’Occitanie, dans le Sud de France. Et même la maison de la grand-mère d’Yvonne, au nord-est du Nouveau-Brunswick, à Four Roads, dans la paroisse de Pokemouche, près de Tracadie.
Atlantic, une toile de valeur patrimoniale
Un tableau de Toth présente un bâtiment industriel sur la rue Atlantic, à Montréal. « C’était avant la construction du nouveau campus de l’Université de Montréal. Il y a quelque chose qui m’attire dans ce type de bâtiment-là. Ça parle des ancêtres, des gens qui sont venus ici, qui travaillaient dans ces bâtiments-là. Quelque part c’est notre héritage. Puis je suis certain que dans 20 ou 30 ans il ne sera plus là.»
« D’ailleurs, je suis passé samedi dernier, devant le silo que j’ai peint, et je pense que même avant deux ans il aura disparu. Ça commence à s’effriter pas mal », commente-t-il en faisant référence à sa peinture Les Silos de Canada Malting dans le Vieux-Port. Ce dernier a aussi fait La Tour des convoyeurs pas trop loin de là.
La spontanéité, la fluidité, c’est ce que Toth aime de l’aquarelle. « L’aquarelle, c’est la lumière, c’est la transparence. Quand on regarde la peinture on voit la lumière dans l’ombre. Moi, c’est ça qui m’attire », confie le peintre dont l’attrait tend davantage vers l’impressionnisme moderne. Comme « Degas et ses ballerines. C’est flou, mais réaliste en même temps », illustre-t-il.
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