Le Monterois John Little, âgé de 89 ans, et retraité de sa carrière d’artiste depuis 2015, est considéré comme l’un des plus éminents artistes urbains figuratifs de l’après-guerre au Canada. L’ensemble de son oeuvre nous parle à la fois de son amour pour le hockey, mais aussi de sa grande sensibilité envers le patrimoine urbain, comme en témoigne ses tableaux sur Griffintown, Pointe-Saint-Charles, Saint-Henri, la Petite-Bourgogne ou le Faubourg à m’lasse.
Faubourg à m’lasse, rue Dorion, 1965. Courtoisie Galerie Alan Klinkhoff | |
Rue Beaudry et de Gauchetière, Montréal 1963. Courtoisie Galerie Alan Klinkhoff. PHOTOS COURTOISE GALERIE ALAN KLINKHOFF |
Il n’a pas été possible de rencontrer John Little pour réaliser ce portrait. « Sa dernière entrevue accordée à un journaliste date de 1961 ! », nous a répondu Alan Klinkhoff. Ce dernier vient de rendre hommage aux 65 ans de carrière de l’artiste, cet automne, avec une exposition riche de plus d’une quarantaine de tableaux, présentée dans ses galeries d’art éponymes de Montréal et Toronto.
« John, je le connais depuis presque toute ma vie. C’est un artiste qui travaille avec ma famille depuis le début des années 60 », s’introduit Alan Klinkhoff, propriétaire de la galerie d’art familiale, s’étendant sur trois générations, depuis sa fondation en 1949. Mais « c’est un homme extrêmement privé », commente-t-il, insistant sur le fait qu’il est très modeste. Et qu’il préfère garder son silence, pour laisser parler ses tableaux.
L’histoire de John Little commence à Montréal, où il est né en 1928, puis se transporte ensuite à Ville Mont-Royal, où il a grandi et habite toujours aujourd’hui. Très vite, le « petit gars qui dessine en classe » réalise qu’il n’a pas d’intérêt à se percher sur plein de diplômes et décroche de l’école en secondaire 3.
Son truc à lui, c’est le sport. Il caresse le rêve de jouer pour le Canadien… Mais son talent pour le dessin est bien réel. Et cela l’amène alors à poursuivre des études à l’École des Beaux-Arts de Montréal notamment, où il est l’élève du peintre Arthur Lismer; ainsi qu’un peu plus tard, à la Art Students League de New York auprès de Will Barnet et Frank J. Reilly.
La suite de sa vie est faite d’amour. Avec sa femme Lorraine, de qui il a eu deux garçons, Roger et Brian, dont l’un habite toujours dans la cité-jardin. Mais de travail aussi. Puisque tout suite après son mariage au début des années 50, il commence à gagner sa vie avec la peinture. Il réalisera, incidemment, une douzaine de pages couvertures pour le magazine Maclean’s.
Le Faubourg à m’lasse
Le tableau « Le Faubourg à m’lasse, rue Dorion », de 1965, qui appartient à l’ancien joueur étoile des Canadiens, Vincent Damphousse, « montre un aspect complètement différent de l’oeuvre de M. Little, que beaucoup de ses amateurs ignorent », souligne le marchand de tableaux. « La peinture de M. Little montre précisément l’endroit où M. le maire Jean Drapeau a fait démolir 25 acres, en 1963, pour faire place à son mégaprojet, La cité des ondes, où se trouve aujourd’hui la tour Radio-Canada/CBC. [ 5000 habitants avaient dû alors plier bagage. ] » « Soixante ans plus tard, on peut y voir des acres de places de stationnement; et on se pose la question aujourd’hui de ce que l’on va faire avec cet espace-là. Ça montre que Little était bien sensibilisé à ce que l’on faisait à l’époque dans les villes »
« Si nous démolissons tous nos vieux immeubles et quartiers, nous allons devenir un peuple sans passé », avait-il dit en entrevue au magazine Maclean’s en 1961. Pour M. Klinkhoff, « en dépit du fait que ses sujets sont Montréal et Québec, John Little est le plus important artiste urbain figuratif à partir de la deuxième guerre mondiale au Canada. Sa sensibilité envers la protection du patrimoine urbain est unique. Et son travail est en fait, une métaphore de ce qui se passait à travers l’Amérique du Nord à l’époque. »
À terme, l’exposition, « John Little : La vie urbaine, de 1951 à nos jours », présentée à Montréal et Toronto l’automne dernier, pourra être vue en ligne sur le site web de la Galerie Klinkhoff,
klinkhoff.ca »
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