PHOTOS ARCHIVES VILLE DE MONT-ROYAL
La collection publique d’oeuvres d’art de Ville Mont-Royal a long-temps été dans un flou artistique. Les pièces se sont accumulées au fil des décennies, sans jamais qu’elles ne soient véri-tablement répertoriées. Mais c’est aujourd’hui chose faite ! Quoique plusieurs mystères planent toujours sur ce petit musée essaimé aux quatre coins de la ville.
Dans le bureau du maire, Philippe Roy, à l’hôtel de ville, il y a quelque chose qui flashe: une peinture aux couleurs vives: rose, noire, turquoise… qui est l’oeuvre de Nadine Bourgeois, une peintre figurative et abstraite, bien connue à Mont-Royal pour avoir présidé la Table ronde sur l’art de Mont-Royal (TRAM) de 2011 à 2014; et qui vit désormais depuis 2016, à Cambridge, Massachusetts.
Ce tableau fait partie des quelque 70 pièces qui composent la collection publique d’oeuvres d’art de Ville Mont-Royal aujourd’hui. Un inventaire complet a été fait en 2016-2017 avec l’aide notamment de la cohorte d’enfants du conseil muniscolaire. Ce conseil de la relève rassemble douze jeunes chaque année pour faire l’apprentissage de la démocratie locale sous la gouverne du maire.
Un projet qui a alors donné lieu à la publication du catalogue d’oeuvres d’art Horizon. Un petit guide comprenant une recherche assez poussée où figurent 41 oeuvres choisies, soit « les meilleures, à la lumière de l’opinion de l’historienne de l’art, Clara Chouinard, qui nous a aidés à faire le tri », indique Charles Cyr, chargé de communication à Ville Mont-Royal.
Ce genre d’exercice « n’avait jamais été fait auparavant. C’était la première démarche de la Ville pour se doter d’un véritable « dossier » sur sa propre collection », précise-t-il, ajoutant que cela « constituait une façon de démocratiser une collection méconnue qui appartient à tous les Monterois. »
Les pièces manquantes
Les oeuvres d’art de la collection publique de Mont-Royal ne sont pas toutes exposées. Il faut savoir que parmi le lot plusieurs relèvent de l’artisanat. Il y a toutes sortes de choses en fait. Voire « plusieurs degrés de réussite ». « On a une chose en papier mâché, on ne sait pas exactement ce que c’est, ni d’où ça vient », révèle M. Cyr. Or, parmi ces espèces remisées, « il y a souvent des reproductions, des prints, ou d’autres encore qui n’ont peut-être pas faits leur chemin jusqu’à un mur depuis longtemps, parce que c’est une photo endommagée par exemple. »
La majorité des œuvres incluses au catalogue — majoritairement de la peinture et de l’aquarelle, mais aussi des œuvres extérieures, des sculptures, des murales ou encore des photographies, « peuvent être admirées librement, comme à la bibliothèque – ou du moins régulièrement, comme celles qui décorent la salle du conseil », laisse-t-il savoir.
En revanche, « certaines œuvres, faute d’espace mais non de mérite, sont aussi exposées dans des endroits moins faciles d’accès, comme dans nos bureaux notamment, ou dans des rayons fermés de la bibliothèque. » Un tableau de Dawson en l’occurence, que presque personne ne voit, finalement. Puisque le grand public ne peut mettre les pieds dans ce secteur.
Ce que le catalogue ne mentionne pas
Plusieurs choses intéressantes. Comme le fait que la Ville a déjà abrité une oeuvre de gros calibre au sein de sa collection. Une toile de d’A.Y. Jackson, membre du Groupe des Sept, intitulée St-Simeon, Lower St-Lawrence. Mais ce n’était qu’un prêt, et elle a été récupérée à la fin des années 90 par la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.
Quant à certaines oeuvres de l’artiste monterois John Little, qui appartiennent en propre à la Ville, elles possèdent une foule de petites notes manuscrites à l’endos des toiles, où on y apprend plusieurs choses sur le contexte dans lequel ça a été peint notamment.
Mystère et boule de gomme
Difficile de retracer la petite histoire de la collection publique d’oeuvres d’art de Mont-Royal. Les documents formels sont inexistants. Et « ce serait une erreur de considérer la naissance et la croissance de la collection, historiquement, comme un acte délibéré », explique M. Cyr. « Nous ne savons pas quelle oeuvre a pu être la première, ou à qui est attribuable le choix de chaque tableau. En fait, la collection a pris forme un peu d’elle-même, sans directives précises à l’interne, il y a des décennies de cela, raconte-t-il. Même que plusieurs œuvres ont été des dons, dont souvent la trace est perdue. Et on ne sait pas nécessairement pourquoi les oeuvres ont été données. »
Aux dires de M. Cyr, dans les années 60, c’était pratique courante que les gens, voire les conseillers, offrent des oeuvres à la Ville. Aujourd’hui, ce n’est plus nécessairement quelque chose qui est en cours. Même que cela semble plutôt l’inverse. Aux dernières élections, l’ex-conseiller municipal et candidat défait Daniel Robert, a reçu une toile de la collection de la Ville.
La politique d’acquisition d’oeuvres d’art
« Aujourd’hui, nous sommes devant ce qui tient un peu du fait accompli, mais non d’un exercice planifié. Certaines villes ont vraisemblablement adopté une démarche plus stricte et contrôlée que la nôtre à un moment de leur existence, question de choisir stratégiquement leurs œuvres et de donner une direction à leurs efforts, mais à Mont-Royal ce n’est pas comme ça », commente M. Cyr, avant de rappeler que « l’adoption d’une politique d’acquisition bien à nous – la toute première – date de l’an dernier seulement.»
Mais malgré cette réglementation rien n’est encore vraiment coulé dans le béton. « Il n’y a personne qui agit à titre de curateur pour la collection de la ville comme tel », dit-il. Et « l’enveloppe budgétaire allouée par la Ville est de nature discrétionnaire et varie en fonction des ressources », peut-on lire dans la politique d’acquisition d’oeuvres d’art de Ville Mont-Royal.
Partagez sur




