Marmott Énergies a le vent dans les voiles. De plus en plus technologique, et efficace en matière de géothermie, la petite entreprise de Ville Mont-Royal, six employés seulement, nous démontre qu’une solution énergétique de demain se trouve peut-être moins loin qu’on ne le pense… Rencontre avec sa présidente et fondatrice, Nathalie H. Tremblay.
Nathalie H. Tremblay de Marmott Énergies. « Ça fait une vingtaine d’années que la géothermie existe au Québec et il n'y a toujours qu'un nombre infinitésimal de foyers qui l’ont (environ 0,5%). Et l’une des raisons pourquoi ça plafonne, c’est en fait parce qu’il y a peu de gens qui ont 30 000 $ à mettre sur un tel système de chauffage, indique d’entrée de jeu Nathalie H. Tremblay.
Début cinquantaine et mère de trois enfants, cette résidente de Ville Mont-Royal depuis 2003, a notamment dirigé le secteur de l’environnement du Fonds de Solidarité FTQ, ainsi que deux entreprises manufacturières, avant de lancer sa boîte, Marmott Énergies, en 2010.
Le nom de l’entreprise, qui a pignon sur le boulevard Graham, fait bel et bien référence à cet animal qui fait des trous. Un clin d’oeil à l’idée de forage somme toute. Étant donné que la géothermie est, « d’abord et avant tout, un système qui extrait la chaleur du sol sous nos maisons », explique Mme Tremblay.
Le principe de la géothermie est en effet d’aller puiser cette chaleur sous terre, où la température atteint environ dix degrés Celsius. Le tout se fait au moyen d’une boucle fermée dans le sol, dans laquelle circule un fluide caloporteur (de l’eau et de l’antigel), ainsi que d’une thermopompe installée dans la maison, qui sert à chauffer les bâtiments en hiver et à les climatiser en été. Une infrastructure dont les coûts avoisinent les 30 à 50 000 $, en gros.
Une réalité peu abordable pour monsieur et madame Tout-le-monde. Et qui a donc forcé la PME a bien penser son modèle d’affaires, afin d’arriver à proposer ce que Mme Tremblay appelle: la formule Marmott, c’est-à-dire un « achat-rachat », voire une solution clé en main, où le client n’a pas la responsabilité de l’investissement initial.
L’entreprise prend en charge le projet de A à Z; depuis les demandes de subventions et de permis du client, jusqu’à l’installation et le suivi de l’entretien. Elle est propriétaire de l’équipement. Et un peu comme à l’image d’Hydro-Québec ou Gaz Métro, l’entreprise alors fournisseur d’énergie géothermique, facture ainsi une mensualité fixe aux clients.
Selon la Coalition canadienne de l’énergie géothermique, l’installation de 650 000 thermopompes géothermiques équivaut à retirer 840 000 voitures de la circulation, à planter 250 millions d’arbres ou à réduire la consommation de pétrole brut de 14 millions de barils par année.L’entente entre les deux parties est par ailleurs transférable en cas de vente de la maison. Puis, s’il arrivait que l’entreprise cesse ses opérations, il n'y aurait sans doute aucun problème. Les systèmes sont financés et ils continueraient de fonctionner sans nous », admet-elle. Aidée à ses débuts par le CLD Les Trois Monts, ainsi que par la BDC, la Banque TD, et Anges Québec, voilà que depuis le mois de mai dernier, l’entreprise est également financée par CoPower. « Cette plateforme va nous permettre de soutenir notre croissance, puisqu’à chaque fois que l’on va avoir dix nouveaux clients, elle va nous financer », laisse savoir la présidente.
Verdir des quartiers au complet
La PME monteroise a aujourd’hui une centaine d’abonnés essaimés dans une vingtaine de municipalités au Québec. Depuis le mois de juin, vient s’ajouter à ses thermostats intelligents déjà en place sur ses systèmes, une nouvelle technologie: la télémétrie. « C’est une façon pour nous de suivre en temps réel la performance des systèmes à distance et de détecter les problèmes à l’avance, mais aussi de pouvoir donner des conseils d’économie d’énergie aux clients », mentionne-t-elle.
Or, cette innovation n’est que la pointe de l’iceberg pour ce qui s’en vient ici. « Dans notre équipe, on a Alain Nguyen, un ingénieur de la Polytechnique, spécialisé en géothermie, qui a fait son doctorat sur les puits à colonne permanente. Une nouvelle technologie de forage qui va nous permettre d’être encore plus efficace dans l’avenir. »
Marmott Énergies, dont le marché cible comprend les propriétaires de maisons chauffées à l’air pulsé ou à l’eau chaude; allant du bungalow à la maison de ville, en passant par les blocs appartements ou les condos, vise désormais aussi à développer davantage le marché des bâtiments neufs. Le nouveau centre sportif de la ville est dans leur mire.
La biénergie du futur
La biénergie de demain c’est l’hydroélectricité et la géothermie, selon Mme Tremblay, dont la PME est partenaire d’Hydro-Québec. « Il faut savoir que sur l’énergie consommée d’un ménage, 45 à 50% peut être prise en charge par la géothermie. Et cela sans transport ni combustion. C’est vraiment l’énergie du futur! Notre belle électricité du Québec pourra donc éventuellement servir à d’autres choses: pour des serres, par exemple, ou encore à faire venir des data center (centre de stockage et de traitement de données) ».
Réduire son empreinte écologique
Patrick Elie, un père de famille de deux enfants, et résident d’un semi-détaché d’environ 2000 pieds carrés à Ville Mont-Royal depuis dix ans, fait partie de la vingtaine de clients de Marmott Énergies dans la communauté. Sa conversion à la géothermie en mai 2016 est vraiment une décision environnementale. « Pour moi, ça ne faisait pas de sens de brûler du mazout », dit M. Elie, ajoutant du même souffle que cela n’est en fait que la première étape avant la prochaine, qui est de passer au solaire d’ici cinq ans. Des observations notables depuis ce changement d’énergie? « Au point de vue financier, ça a été viable puisque notre système d’air climatisé était rendu en fin de vie, mais sinon, les mensualités sont à peu près égales. Cela dit, l’air climatisé est moins sec, plus humide, et plus confortable. Puis de manière générale, c’est vrai que l’on se soucie moins de baisser le chauffage pendant la nuit. Mais de toute façon, le thermostat intelligent du système connait la météo, et il s’ajuste lui-même face aux écarts de température. »
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