Les soeurs jumelles monteroises, Marie-Pier et Sophie Vermette-Lacroix, se rappeleront longtemps leur été 2018. Leur invention, « Attention, bébé à bord », réalisée comme projet d’Expo-sciences en secondaire 3, n’aura jamais été autant d’actualité. Rencontre avec deux ados dont l’objectif est qu’un jour leur outil novateur puisse sauver des vies!
Les soeurs Marie-Pier et Sophie Vermette-Lacroix, des jumelles non identiques, mais certainement inséparables, ont passé l’été à faire des stages en développement durable, en ingénierie, et au CHUM notamment. À l’aube de leur 17 ans, alors qu’elles terminent leur secondaire à l’école Pierre-Laporte de Mont-Royal, au programme enrichi Lettres, langues et sciences (LLS) cette année, ces deux curieuses, sportives et passionnées se projettent facilement dans l’avenir. « Dans le domaine de la santé, c’est sûr», dit Sophie. « Peut-être bien dans un laboratoire à faire du génie biomédical », précise sa soeur tout sourire. |
L’invention « Attention, bébé à bord », des jumelles, Marie-Pier et Sophie Vermette-Lacroix, est un dispositif d’alerte pour prévenir d’oublier bébé dans la voiture. Le prototype en processus d’être breveté, sera éventuellement peaufiné par les filles. Ces dernières ont l’idée d’installer un système Bluetooth et d’apporter d’autres améliorations en cours de route. Elles doivent aussi notamment figurer comment le siège de bébé peut correspondre aux normes de Santé Canada, afin d’être commercialisé. PHOTOS LE JOURNAL STATION MONT-ROYAL |
Mercredi le 17 août 2016, le mercure atteint 26 °C à Saint-Jérôme, dans les Laurentides, lorsqu’un père de famille de 40 ans oublie son bébé de 11 mois dans sa voiture une bonne partie de la journée. On connaît la suite. La mort de ce bambin avait créé une véritable onde de choc au Québec. Lorsque la nouvelle est parvenue aux oreilles des soeurs jumelles, Marie-Pier et Sophie Vermette-Lacroix, elles se sont tout de suite dit: « mais pourquoi on ne créerait pas un dispositif d’alerte » ; « même si on n’avait aucune idée de comment faire ça avant de commencer », évoquent-elles à tour de rôle.
Leur plus gros défi à ce moment-là? « La programmation! », n’hésitent-elles pas à dire. C’est que leur dispositif fonctionne avec un micro-contrôleur, ainsi que deux boutons-poussoirs, capables de détecter un poids aussi faible que 1,9 kg. L’un est situé sous le coussin du conducteur tandis que l’autre se trouve dans le siège de bébé. Lorsqu’il y a seulement l’interrupteur du siège de l’enfant qui est enclenché, mais pas celui du parent, cela envoie alors un signal au micro-contrôleur pour qu’une alarme sonne. Ça aura été de longue haleine, près de cent heures de travail, mais elles y sont parvenues. Leur prototype, qui a remporté la troisième place de la finale canadienne d’Expo-sciences à Regina en 2017, mais aussi plus récemment, le prix du jury au festival scientifique Eurêka! début juin, n’a eu de cesse d’être relayé par les médias cet été. Il faut dire que la coroner, Denyse Langelier, qui a enquêté sur le dossier du bébé mort à Saint-Jérôme en 2016, a rendu public son rapport début juillet. Elle faisait entre autres état que « l’oubli est un mécanisme naturel » ; que l’« on oublie surtout les choses qui n’ont pas été encodées assez solidement dans nos cellules nerveuses », et que par le fait même, il faut être particulièrement vigilant, « notamment lors d’un changement de routine ». Soit, la raison première qui a amené ce père de famille à oublier son enfant dans son auto il y a deux ans.
« Mais pourquoi n’y a-t-il pas de normes pour obliger les constructeurs automobiles à prévoir un système de sécurité afin d’éviter que les bébés soient oubliés dans une voiture ?», se demande-t-elle dans son analyse. « Il existe pourtant plusieurs dispositifs afin d’alerter le conducteur de la présence d’un bébé à bord », citant notamment en référence le projet d’Expo-sciences des soeurs Vermette-Lacroix.
Deux ados et un enjeu national
Comme si l’histoire se répétait, le 22 juin dernier, un poupon de six mois a été retrouvé mort dans l’auto de son père, dans le sud-ouest de Montréal, aux limites de Griffintown. « Un terrible oubli », dira-t-on, dans La Presse, et pour lequel le père en question ne fera face à aucune accusation criminelle selon la confirmation du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) au début du mois d’août.
Ce type de tragédie est la troisième à survenir au Québec en 15 ans. La première datant de 2003, avec la petite Audrey à Verdun. Or, au Canada, aucune statistique précise n’existe sur le sujet. Aux États-Unis par contre, l’organisme Kids and Cars, évalue qu’en moyenne, 37 enfants meurent de chaleur après être oubliés dans une voiture chaque année. « Et on sait que ces données sous-estiment largement l’ampleur réelle de ce problème », peut-on lire sur leur site Internet.
En fait, « lorsqu’il fait environ 23 degrés dehors, en une heure, la température monte jusqu’à 48 degrés à l’intérieur d’une voiture », laissent savoir les jumelles, qui pointent un diagramme sur leur téléphone. Leurs données proviennent d’estimations du professeur Jan Null, de l’Université de San Francisco. Les apprenties scientifiques dominent vraiment leur sujet. Et elles l’avouent sans vergogne. « C’est sûr que le but de notre invention serait de la commercialiser le plus rapidement possible. Parce que le but de notre projet, c’est avant tout de sauver des vies! », affirme Sophie. « Mais si on peut n’en sauver qu’une… bien tant mieux ! », renchérit Marie-Pier.
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